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A Gaza, on coud de tout pour Israël… même des kippas

lun 13 Mar 2017

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Au beau milieu du camp de réfugiés palestiniens de Chati, dans la bande de Gaza, le bruit des machines est ininterrompu. A l’intérieur, les employés de Mohammed Abou Chanab cousent des petits ronds de tissu: des kippas, qui seront ensuite vendues en Israël.

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Sur sa dizaine de machines à coudre, la petite usine de textile de Abou Chanab, qui se trouve à quelques dizaines de mètres de la maison d’Ismaïl Haniyeh, l’ancien Premier ministre du Hamas à Gaza, « produit toutes sortes de pièces: des kippas, des chemises, des pantalons, faits à Gaza à destination d’Israël », explique ce Palestinien à l’AFP.L’homme n’est pas peu fier de sa production, car en 2006, quand Israël a imposé son blocus terrestre, aérien et maritime sur l’enclave palestinienne, il a dû tout arrêter. Depuis 2008, trois guerres sont venues ajouter leur lot de destruction, emportant en partie ou totalement 50 entreprises dans la bande de Gaza, selon les représentants du secteur.- Encore loin de l’âge d’or -Chanab n’a repris son activité que l’an dernier et l’industrie textile reste encore loin de l’âge d’or du début des années 1990 quand le secteur employait 35.000 personnes dans les plus de 900 entreprises de la bande de Gaza. Chaque mois à l’époque, quatre millions de pièces étaient envoyées en Israël, se rappelle Abou Chanab, membre de l’Union palestinienne des industriels du textile.Depuis l’imposition du blocus, ces chiffres ont fondu: seuls 4.000 Gazaouis sont toujours employés dans ce secteur qui ne compte plus que 150 entreprises, dont la production est destinée au marché local, toujours selon des chiffres de l’Union. Parmi elles, 25 seulement exportent vers Israël et la Cisjordanie, l’autre territoire palestinien, que l’armée israélienne occupe depuis près d’un demi-siècle et qui est séparée de la bande de Gaza par le territoire israélien. Chaque mois, elles envoient entre 30.000 et 40.000 pièces. »Les Israéliens apprécient nos produits pour leur qualité et notre proximité avec leur marché, en revanche, ils redoutent une fermeture des terminaux et donc un retard dans l’acheminement de la marchandise », explique Abou Chanab. Israël contrôle la totalité des frontières de la bande de Gaza, à l’exception de Rafah, qui mène vers l’Egypte, et décide donc de la circulation des biens et des personnes de et vers la bande de Gaza. Un seul terminal est destiné à la marchandise, il s’agit de Kerem Shalom, dans le sud de l’enclave côtière.Selon la Banque mondiale, le blocus a virtuellement tué toute exportation gazaouie et mené l’économie du petit territoire et de ses deux millions d’habitants au bord du gouffre. Hassan Chehadeh, qui emploie, lui, une cinquantaine de Palestiniens dans ses ateliers de textile, assure avoir réussi à récupérer depuis l’année dernière « 20% » de son activité. Dans son usine installée dans le quartier cossu de Cheikh Radouane, dans la ville de Gaza, il produit des jeans, tissés à la chaîne, dans le vacarme assourdissant des machines et des générateurs qui les alimentent, l’outil indispensable dans la bande de Gaza où la pénurie d’électricité est chronique.- Ennemi politique, partenaire commercial -Chaque mois, Chehadeh affirme exporter « entre 5.000 et 10.000 pantalons en Israël ». « Je pourrai produire beaucoup plus, mais la question des terminaux fait peur aux businessmen israéliens et entrave notre travail », poursuit-il.Quant à se rabattre sur le marché de la bande de Gaza, où le chômage caracole à 45% et où plus des deux-tiers de la population dépend de l’aide humanitaire, pour ces industriels, ce n’est pas vraiment une option. « Le marché local est faible, alors que le commerce avec Israël est très bon ». « Nous avons les compétences et nous pourrions même exporter plus loin encore », martèle Chehadeh.Pour Abdel Nasser Awad, directeur général du ministère de l’Economie à Gaza, tenu par le mouvement islamiste Hamas, exporter vers Israël est « une affaire purement commerciale ». « Tout ce qui nous intéresse, c’est d’alimenter l’économie et de combattre le chômage », poursuit le responsable. « La politique et le business, ce n’est pas la même chose », résume Chehadeh. « On peut être ennemis en politique, mais dans les affaires c’est l’intérêt qui prime ».

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